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Lounes Guemache : TSA est devenu un lieu de validation de l’information

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Rarement présent sur les médias, Lounes Guemache le directeur de publication du site d’information TSA a accepté de répondre aux questions de Médias DZ et se livre sur l’aventure « Tout sur l’Algérie ».

 

Lounes Guemache, a-t-il dès la création de TSA, vu grand et anticipé le développent de TSA, ou c’était juste une expérience ?

Franchement, c’était une expérience. L’idée était venue du constat qu’il n’existait pas en Algérie, en 2007, un site d’information en continu. A l’époque j’étais chez Orange, et en interne on nous expliquait dès fin 2006 qu’à l’horizon 2015, l’information allait être consommée beaucoup plus sur internet, que sur le support papier.

A cette époque il n’y avait ni smartphone ni 3G développée. Mettre en place un site internet ne coûtait pas très cher, nous n’avions pas un objectif bien précis.

Vous avez commencé à combien ?

On était 4 au départ, mon frère, moi, un ami qui nous aidait et un quatrième qui nous donnait un coup de main de temps à autre. Mon frère était journaliste à l’AFP, et moi-même étais journaliste en France et correspondant d’un certain nombre de journaux algériens, et chez France Telecom je m’occupais des contenus pour les managers du groupe.

Quelle était la ligne éditoriale au commencement ?

Au lancement, TSA était orienté information économique, c’était l’époque de lancement des gros projets d’infrastructure, l’Algérie suscitait beaucoup d’intérêt. C’était le cas jusqu’à la fameuse LFC 2009, le débat est devenu plus politique qu’économique. On s’est adapté avec ce changement de cap.

Mais aujourd’hui, la presse ne décide plus de ce qu’il faut publier ou lire. Celui qui n’a pas compris cela n’a rien compris au marché de l’information. On est dans une période d’abondance de l’information. La période où un journal par contrainte du format papier, avait à faire le choix pour remplir 2 pages d’information, une page éco etc, est révolue.

Aujourd’hui on produit beaucoup plus d’information par jour qu’il y a 10 ans, je ne parle même pas des années 80. Cependant, il faut éditorialiser, on ne peut pas écrire sur tous les sujets.

Quand est-ce l’expérience est devenue un vrai business ?

Personnellement, 6 mois après le lancement de TSA, j’ai quitté mon travail pour me consacrer à 100% au journal, mais c’est en 2009 qu’on commençait à y croire. En 2010, le projet est arrivé à un stade de maturité et nous avons créé la structure algérienne.

Mais une année après, en 2011, la donne a changé avec les printemps arabes et l’émergence des réseaux sociaux. Alors qu’on était un peu seul à faire de l’information en temps réel sur internet, du jour au lendemain les réseaux sociaux explosent et tout le monde pouvait produire de l’information. Juste après, en 2012, il y a eu le lancement des chaînes de télévision privées et la concurrence autour de l’information en temps réel est devenue de plus en plus forte.

Mais TSA a réussi à garder sa place de leader, comment vous y êtes arrivé ?

On s’est beaucoup remis en cause, nous ne sommes plus seuls à produire de l’information en temps réel sur internet, il y a les réseaux sociaux et une multitude de sites qui ont vu le jour aussi. Cependant, avec notre expérience et la qualité de notre travail on est devenu n’ont plus un simple éditeur, mais un lieu de validation de l’information.

Avec la multitude de sources d’informations et la prolifération de fakenews, les lecteurs cherchent un moyen de valider l’information. C’est ce qui nous guide aujourd’hui dans notre travail.

Quand il y a une rumeur qui circule, par exemple sur une éventuelle grève d’Air Algérie, nous avons l’obligation vis-à-vis de notre lectorat d’infirmer ou confirmer l’information. Nos lecteurs en plus de l’information que nous leur fournissons, ont besoin qu’on leur valide un certain nombre d’informations.

Y-a-t-il un besoin pour créer des pôles de Check news en Algérie ?

Oui il y a une nécessité. Mais il faut que ce soit fait par de grands médias.

Nous avons l’impression que la presse cite rarement TSA, quelle est votre commentaire ?

Je ne sais pas comment pensent les gens. En tout cas chez nous c’est systématique, on cite nos sources même quand l’information est du domaine public. Quand nous avons un communiqué du conseil des ministres, on cite l’APS comme étant la source de l’information.

Dans les démocraties où la presse est forte, quand un média payant très peu accessible, publie une enquête ou une information intéressante, les autres médias reprennent l’information, la complète et la font vivre. En France, quand Médiapart sort une information, les autres journaux reprennent l’information et la font vivre en lui donnant un véritable retentissement. Là on peut parler de 4éme pouvoir.

Peut-être qu’on ne veut pas faire de la pub gratuite à TSA ?

Non, l’impact sur l’audience est presque insignifiant. Quand on est cité ou repris par un média national ou international, on ne ressent aucun impact direct sur notre audience. Ça renforce notre notoriété c’est sûr.

Pourquoi avoir relancé TSA Arabi avec une rédaction indépendante, est-ce un besoin de toucher un lectorat arabophone ?

Il y a deux volets. Il y un lectorat arabophone qui existe et qu’il faut toucher. Ensuite, la spécificité algérienne veut qu’on s’informe dans deux langues différentes et les deux médias ont des tendances très éloignées les unes des autres. Nous avons une presse arabophone avec une identifié très forte, et une presse francophone avec une identité très forte aussi.

Nous nous sommes dit qu’il était intéressant que TSA Arabi reprenne une partie du contenu de TSA et vice versa afin de partager au moins une partie de l’information que nous publions sur TSA français avec un lectorat arabophone. Un journal n’est pas seulement une machine à produire de l’information. Nous avons une vision de l’Algérie qu’on partage avec l’ensemble de la population, peu importe leur langue.

Le choix de l’indépendance de la rédaction de TSA Arabi, leur confère plus de souplesse, on ne cherche pas des traducteurs. A TSA Arabi, on a pu avoir beaucoup de papiers très intéressants grâce à nos journalistes arabophones, qui ont une très bonne formation. Ça nous permet d’avoir une grande rédaction avec une vision à 360°.

Vous éditorialisez la majorité de vos papiers, est-ce une stratégie ou un choix de qualité ?

Le scoop n’existera plus, l’information est partout et il va arriver bientôt un jour où on ne saura plus l’origine de l’information. Sur Facebook une vidéo publiée par un anonyme est reprise par des politiques et par des influenceurs, c’est une réalité aujourd’hui.

Aujourd’hui, on subit les mêmes effets que ceux subis par la presse papier avec l’avènement des médias électroniques il y a quelques années. Nous avons pu avoir une place parce qu’on se distingue par la rapidité de relayer l’information. Ce n’est plus le cas maintenant, on est concurrencé par les médias sociaux, comme nous avons concurrencé la presse traditionnelle il y  a une décennie. Le lecteur qui va venir sur TSA, a besoin d’un plus, outre  la validation de l’info. On ne peut pas dépasser la vitesse des réseaux sociaux. C’est pour cette raison qu’on doit offrir plus, un contenu éditorialisé.

Quels sont les projets TSA en terme d’infrastructure et nouvelles technologies ?

Nous avons internalisé récemment la maintenance et le développement du site. C’était coûteux et nous n’avions pas la qualité de service qui va avec. Aujourd’hui nos serveurs sont optimisés et on peut servir jusqu’à 20.000 utilisateurs simultanés, avec une fluidité d’utilisation.

Notre objectifs aujourd’hui est d’être visible partout et atteindre le lecteur. On a une partie importante de notre lectorat qui vient nous voir directement, et une autre partie drainée par Facebook, Google, Google News.

La page Facebook de TSA est loin des 10 millions d’Ennahar, vous ambitionnez à atteindre ces chiffres ?

La cible est différente, le contenu est différent. On ne peut pas concurrencer des médias qui produisent de la vidéo et qui touchent plus de cibles que nous. Ils peuvent toucher beaucoup plus de monde grâce aux émissions de divertissement, qu’un média d’information sur internet ne peut pas produire.

D’autre part, nous n’avons pas les même moyens, les sites internet d’information sont de taille plutôt modeste par rapport à une chaîne de télévision.

Nous travaillons sur un positionnement pour atteindre notre cible. Nous traitons un sujet très sensible qui est l’information. Notre crédibilité est primordiale, nous devons consolider notre notoriété. La course à l’audience c’est bien, mais pas au détriment de la crédibilité.

Un expert algérien a développé un Adsblock spécial pour TSA

J’ai un message pour cet expert. Il aurait pu utiliser son génie pour une œuvre plus intéressante, c’est un peu malhonnête de sa part.  Il faut que les gens comprennent que l’information gratuite n’existe pas. Deux modèles économiques existent. Soit vous mettez en place un système d’abonnement, soit de la publicité, ou bien un système hybride.

TSA a quelques articles Premium qui sont payants (moins de 15 da/jour), et les archives économiques, le sont aussi. On ne peut pas pénaliser le lecteur par ce qu’il n’a pas de carte de paiement électronique et on ne peut pas gérer des paiements par chèque ou par espèce.

L’autre modèle est de mettre de la publicité. Nous pouvons bien bloquer ceux qui utilisent les adsblock, mais on ne le fait pas.

La question à poser est : est-ce que la publicité sur TSA est intrusive?, empêche-t-elle le lecteur de lire l’information ? La réponse est non. Le site est fluide même avec la publicité, et on peut sans grand effort lire l’information.  Si tout le monde se mettait à mettre des AdsBlock, il n’y aura plus de site d’information.

Nos tarifs publicitaires sont très bas par rapport au coût de l’information, nous travaillons de 06h du matin jusqu’à 22h, 7/7, même les Weekends. On est obligé de mettre beaucoup d’annonces aujourd’hui.

Y-a-t-il assez d’argent pour faire vivre la presse dont les sites électroniques d’information ?

Il faut commencer par définir le site internet d’information, une entreprise qui crée de l’emploi, qui paie ses impôts etc. Aujourd’hui, l’investissement est très faible, pour 20.000 DA on a un site web. Le support n’est pas une fin en soi, c’est trop facile, contrairement à la création d’un journal papier où l’investissement est plus conséquent.

S’il y a 500 sites, il n’y aura pas assez d’argent pour faire vivre tout ce monde. En tout cas, on ne peut pas avoir le même budget pour tous les sites.

Ce que je ne comprends pas c’est l’opacité qui entoure l’audience des sites en Algérie. Des personnes qui disent que tel site fait plus d’audience que TSA, que TSA n’est lu qu’en France.

L’annonceur est en droit de demander les statistiques (Google Analytics) du site, ça donne l’audience, les statistiques par pays… Mais les annonceurs ne demandent pas les stats, et quand ils le font, les sites leurs disent que c’est confidentiel. C’est aberrant.

Si on peut avoir un organisme, votre site peut le faire aussi, pour certifier les audiences, on aura plus de transparence.

Votre partenariat avec le journal La Tribune est toujours d’actualité ?

Oui, bien sûr. On reprend les articles qui peuvent intéresser le lecteur algérien. Quand il n’y a pas d’information susceptible d’intéresser notre lectorat, on ne publie pas.

Beaucoup se posent la question, si TSA est un média algérien ou français ?

TSA est un média algérien né en France. Nous avons une structure en France, mais c’est l’équipe ici en Algérie qui porte le journal. Tout se fait ici en Algérie. On est reconnu par nos lecteurs comme un média algérien.

Pourquoi pas un média pour la diaspora ?

Un média pour la diaspora c’est compliqué, il faut avoir des ressources sur place et les attentes des algériens hors Algérie sont très diversifiées. Nous avons à ce jour 1/3 de notre lectorat à l’étranger. Nous répondons à une attente des algériens installés à l’étrangers.

Le lecteur qui vient sur TSA a son univers, il faut avoir une cohérence éditoriale pour ne pas faire fuir le lecteur. Nous n’allons jamais parler de la bourse de Wall-Street ou tout ce que dit Trump sur l »émigration aux Etats-Unis, par exemple. Ça n’intéresse pas notre lectorat.

Comment on a pu vous voler votre nom de domaine toutsurlalgerie.com ?

Au fait, nous avons cliqué sur une pièce jointe qui était un cheval de Troie et le hacker a pu voler les données liées au site. On a déposé plainte en France, mais la commission rogatoire pour enquêter au Maroc n’a pas aboutie, elle n’a pas eu l’aval du tribunal.

Finalement on a changé le nom de domaine. Et comme les gens nous appelaient déjà TSA on a opté pour cette nouvelle url.

TSA Direct, une façon de se diversifier ?

Oui, c’est une forme de donner l’information d’une manière plus interactive. Mais les contraintes d’interruption de la connexion et la ponctualité des invités, nous pose quelques soucis. Mais ça marche, et on n’a pas l’ambition d’en faire une Web Tv. On veut rester sur ce qu’on sait faire, de l’information, la diversification du contenu.

Nous avons l’impression que c’est toujours les mêmes experts qui sont invités ou cités par les médias, qu’en pensez-vous ?

C’est un constat qu’on peut faire en Algérie et en dehors de l’Algérie. Le journaliste en cherchant un expert demande à son entourage et du coup c’est presque toujours les mêmes noms qui reviennent. En plus du fait, que les gens identifient un expert, le journaliste connaît son angle d’analyse et on prend moins de risque.

Vous êtes prêt pour la couverture des élections présidentielles ?

On est prêt, on a une équipe de journalistes spécialisés en politique. Ils sont bons et très réactifs. Nous sommes prêts pour couvrir les élections présidentielles de 2019.

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